Manuel Periáñez, textes en ligne
   

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Articles et rapports en ligne (texte intégral)

   
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mises à jour de mai 2014 (résumés en français). Les résumés contiennent également quelques commentaires actuels de l'auteur, pour les textes plus anciens

   

Résumé

 

1975  Les significations de la gêne attribuée aux bruits dans l'habiter

   

Résumé

 

1978  L'autre habitat : la part du rêve

   

Résumé

 

1983  Le paysage sonore interne

   

 

 

1985  Les oreilles de Mickey flottent sur le Parthénon !

   

Résumé

 

1986  Un sein ou deux

   


1986    Transfet et contre transfert chez Frank Lloyd Wright

Résumé

 

1988  La Blitz-analyse de Billy Wilder

   

Résumé

 

1988  La gêne attribuée au bruit, approche anthropologique

   

Résumé

 

1992  Le rituel fracassé ou le syndrome King-Kong

   

Résumé

 

1992  Articulation entre sciences humaines et réglementation en matière de bruit

   

Résumé

 

1993  L'habitat évolutif, du mythe aux réalités (revu en 2013)

   

Résumé

 

1994  Mais s'agit-il bien du bruit ?

   

Résumé

 

1994  Au fond du lac, quoi ? Freud hydrologue...

   

Résumé

 

1995  Architectures achevées, imaginaires en chantier

   

 

 

1996  Densités et destinées des densités

   

Résumé

 

1997  Note sur l'origine des idées de Francesc Tosquelles

   
    1997  El origen de las ideas de Francesc Tosquelles    

Résumé

 

1997  Du lac des cygnes à la mare aux grenouilles, pas de singe aquatique

   

Résumé

 

1997  Pourquoi les femmes ont-elles des seins ?

   

Résumé

 

1997  Limite de validité des sondages en sciences sociales

   
    1997  Sobre los límites de la validez de los sondeos    

Résumé

 

1998  Christophe Colomb et le délire de rotondité

   
    1998  Cristóbal Colón y el delirio de redondez    

Résumé

 

1998  Analyse des attitudes psychosociologiques liées aux situations sonores des riverains des aéroports d'Orly et de Roissy-CdG

   

Résumé

 

1999  Qui connaît la demande sociale ?

   

 

 

2000  OOps! Projet de manifeste surfonctionnaliste 

   

 

 

2000  Architecture : comparaison des contextes culturels français et hollandais

   
   

2001  Les relations entre l’Homme et l’Eau (colloque international « Eau et Santé », à Metz)

   
   

2001  Le bruit des avions est-il négociable ? Analyse secondaire de 84 entretiens qualitatifs de 1998

   

 

 

2002  Cris d'amour dans la nuit. De quelques aspects de la relation entre bruit et fantasme

   
Résumé   2006  « La mia architettura... Architectuur voor mij… Mon archi à moi… »    

 

 

2006  Durabilité du service d’eau potable : quelle est la demande à gérer ?

   
Résumé  

2007  Ce sexe qui en devient un

   
   

2010  Le comportement social lié au bruit

   
   

2011  Pour une anthropologie psychanalytique des peurs et des plaisirs de l'eau

   
   

2013  Colloque à Toulon : présentation PowerPoint de « Un sein ou deux »

   
   

2014  Et la maison de Freud... Intervention à Rome, fac. d'archi, Università La Sapienza

   


2014  Au sujet d'aréoles... Notes pour une émission de radio







         

 

 

Les résumés    

 

 

1975  Les significations de la gêne attribuée aux bruits dans l'habiter
Ce travail fut sans doute un des premiers, sinon le premier, à tenter d'expliquer la gêne due au bruit par la dimension sémantique du monde sonore. Depuis une trentaine d'années, les recherches sociologiques et psychologiques sur la gêne due au bruit ne parvenaient pas à montrer de corrélations claires entre les plaintes à cause du bruit et les intensités sonores (exprimées en dB(A)). Lors de réunions en 1973 du CBV (Comité Bruit et Vibrations, du ministère de l'Environnement), le représentant du ministère du Logement, Albert Mollet, du BES (Bureau d'études sociologiques, ancêtre du Plan Construction et Architecture) décida, contre l'avis dominant chez ses collègues, de lancer une recherche qualitative, portant non plus sur des échelles de gêne mais sur l'analyse de contenu du sens donné par les habitants à ce qu'ils entendaient... La recherche, confiée à la CEP (Compagnie d'économistes et psychosociologues), sous la supervision de Jacqueline Palmade et de Françoise Lugassy, fut commencée par Florence Desbons et (je ne sais plus pourquoi) terminée par moi en décembre 1975. Elle porta sur une soixantaine d'entretiens semi-directifs, s'appuyant sur des tests, et conduits de façon assez clinique, auprès d'habitants de divers types de logements parisiens et de la banlieue. Devant la grande polysémie des significations conscientes qui émergeaient des propos tenus par nos interviewés, nous sommes rapidement passés d'une approche psychosociologique à une approche psychanalytique, elle même à plusieurs niveaux, et nous avons pour ce faire consulté un certain nombre de psychanalystes et cliniciens de diverses tendances, dont Georges Devereux. (Curieusement, il s'exprima surtout au sujet des perceptions sonores intra-utérines en rapport avec la théorie de la sublimation; il fut également intéressé par le test des phrases à compléter, dont il était familier, cf. sa Psychothérapie d'un Indien des Plaines, récemment rééditée). Nous avons formulé un grand nombre d'hypothèses de travail (environ 45) pour tenter d'expliquer différents types de relation entre gêne sonore (ou plaisir sonore) et la signification de ce qui était dit être entendu. Mes conclusions principales liaient la gêne davantage à la signification du bruit qu'à son intensité, et sa signification éventuellement gênante à l'insatisfaction existentielle du sujet (de nature sociale ou psychique) projetée sur le bruit : le bruit sert souvent de bouc émissaire projectif à des insatisfactions qui n'ont rien d'acoustique par elles-mêmes... Ma présentation des résultats de la recherche au CBV fut assez orageuse, et signa le début d'un long ostracisme envers toute approche psychanalytique par l'Environnement : happening qui valut à cette recherche une certaine notoriété dans la communauté des chercheurs (dont certains, très consciencieux, continuent à me demander encore aujourd'hui ce long texte laborieux devenu pour moi, maintenant, parfaitement ennuyeux). Cette approche continua cependant d'intéresser le Logement pendant quelque temps, ce dont témoignent quelques recherches plus amusantes (trop, aux yeux de ma hiérarchie) que je pus mener au CSTB-Sciences Humaines jusqu'en 1985 environ, sur le monde sonore et sur la perception de l'architecture.  
   

 

 

1978  L'autre habitat : la part du rêve  
Résumé de 1978 : Le phénomène des résidences secondaires a pris depuis une dizaine d'années en France une ampleur spectaculaire : elles sont environ trois fois plus nombreuses que dans les autres pays occidentaux. Les différentes explications sociologiques, dément étudiées par ailleurs, ne semblent pas épuiser le sujet. Cet article se veut un coup de projecteur psychanalytique sur un ensemble de processus inconscients pour la plupart, à l'œuvre sur le versant plus irrationnel de ce phénomène, dans sa « part de rêve ». Si certains de nos rêves, nous voulons les passer en actes, pourquoi agir dans l'habitat proche de la nature, au lieu de voyager, de découvrir ? Le recours à l'habitat secondaire proche de la nature (campagne, montagne, mer) permet de réélaborer une problématique archaïque du danger de fusion à la Mère à travers sa quête. Nous avons affaire à un jeu de l'alternance, dans ce que Winnicott a appelé l'espace transitionnel qui semble correspondre à la notion de « secondarité» de Pierre Sansot. Un exemple littéraire tiré du livre de M. Tournier (Vendredi ou les limbes du Pacifique) illustre le mode d'utilisation du false-self, érigé en monument, par lequel Robinson réussit à survivre psychologiquement. Ne faisons-nous pas tous la même chose, de façon moins dramatique, que Robinson Crusoë, premier « résident secondaire » ?
   
    1983  Le paysage sonore interne     
    (Article publié dans la défunte revue Recherche et Architecture, n°55, pp.48-57).  Je suis parti de deux constats issus des précédentes recherches sur le bruit :    
   

— la grande diversité des significations que les individus attribuent au monde sonore, qu'ils interprètent selon leur expérience personnelle, dont les archives sonores finissent par constituer un « paysage sonore interne » auquel est comparé le paysage sonore réel en permanence sur le plan inconscient ;
— la grande difficulté de parler du monde sonore, qui me semblait liée à la situation d'entretien, où les questions posées par l'intervieweur retentissent comme un double-lien dans cet espace de l'interviewé, puisque la seule chose qu'il entend, c'est la voix de ce dernier en train de lui demander d'entendre autre chose... D'où l'idée d'utiliser un support muet, visuel, tel que la Bande dessinée (excellent support fantasmatique).

   
    Deux extraits de la BD, populaire à l'époque, Le Café de la plage, du dessinateur Franc, furent choisis pour représenter respectivement l'ambiance sonore au bord de mer, et au centre-ville. Ces deux courtes histoires furent « surbruitées » par rapport à l'original. La consigne était de lire les histoires une première fois, puis d'en remanier les dessins jusqu’à ce que les ambiances sonores correspondissent à celle imaginée par la personne interrogée. Différents groupes d'attitudes semblent se dégager de la cinquantaine de protocoles de passation de ce test, dont furent minutieusement collectés chaque modification des dessins. Cette méthode donnant le pas à l'acte et au silence sur la parole, se retrouvera l'année suivante dans la recherche   « APM », qui portait sur la perception de l'architecture par le grand public, au moyen d'un vaste jeu d'images.    

 

 

1986  Un sein ou deux...  
La plupart des gens trouvent « normal » que les femmes aient des seins. C'est pourtant bien étrange, car elles sont les uniques Mammifères à être dans ce cas ! A quoi peuvent-ils donc réellement servir, demandait déjà en 1884 un Heinrich Ploss... Un petit nombre d'éthologues et anthropologues s'est depuis lors penché sur le problème, et il règne un consensus sur le fait que les seins des femmes se seraient développés en tant que signaux socio-sexuels, pour l'érotisme (D. Morris, H. Fisher, etc.). Je critique cette position sur la base des données ethnographiques (les seins n'intéressent au plan érotique qu'environ 10% des cultures humaines). Je reprends l'idée de Weston La Barre (1948) d'une interdomestication, tout au long du processus d'hominisation, entre les hommes et les femmes : interdomestication qui a modelé leurs corps respectifs selon les fantasmes et désirs de chacun des deux sexes. Je reprends également l'idée de D. Morris selon laquelle il y a eu imitation par les seins d'une autre partie du corps (pour lui, les fesses). Mais sur la base, ensuite, de Freud, Ferenczi et Winnicott, j'avance l'hypothèse que ce que les seins ont imité c'est le placenta, et qu'ils constituent pour les humains l'équivalent de la poche des kangourous : c'est le début de la « théorie de la marsupialité humaine » (TMH), développée dans d'autres résumés ci-dessous (1997, « Pourquoi les femmes ont-elles des seins ? », et 1998, « Christophe Colomb et le délire de rotondité » ). Il est  évidemment inutile, au plan épistémologique, de garder son sérieux devant des attributs anatomiques qui, secondairement, vous le feront toujours perdre par la régression au stade marsupial... d'où, à l'époque le ton enjoué de cet article, qui provoqua de réjouissants malentendus  (on crut facilement, chez les gens « sérieux », au canular libertin d'un potache monté en graine)...  D'autres facteurs ont joué dans le ton ludique que j'ai pris en 1986 :  1) Devereux allait déjà très mal, et pour tous ses amis qui allions le voir à Antony, il fallait tenter de lui changer les idées du noir au rose, or mon idée l'amusait beaucoup; 2) Une immense jubilation personnelle, devant la possibilité d'avoir par hasard découvert quelque chose qui pourrait être important (comme le prétendait Devereux, qui m'enjoignit de mettre tout ça par écrit), et 3) que cela soit justement lié à un sujet aussi formidablement trivial !  Il est rare de se trouver devant un court-circuit aussi comique entre les injonctions d'un Surmoi scientifique et les satisfactions pulsionnelles du
Ça...
   

 

 

1988  La Blitz-analyse de Billy Wilder  
Pourquoi le cinéma de Billy Wilder revient-il sans cesse sur le thème du psychanalyste ?  Et surtout, pourquoi le psychanalyste intervient-il dans les comédies de Wilder toujours comme un personnage grotesque ? C'est très probablement lié à l'incident qu'il vécut à la porte de Freud, en 1921 : il la lui claqua au nez, comme je l'appris  en voyant son témoignage autobiographique télévisé... L'occasion pour moi de facilement m'identifier à Wilder, sur la base de quelques petites difficultés, héritées de Devereux, à me résigner à faire partie d'une quelconque Société de psychanalyse (toutes étant illégitimes à mes yeux), ainsi que de tenter d'écrire un pastiche de ce que produisaient certains des psychanalystes les plus parisiens des années 70-80... (le résultat n'est pas trop bon, je ne les déteste pas assez).  L'occasion également de montrer que je savais écrire autre chose que mes « obsessions sexuelles » (depuis la théorie des seins marsupiaux, on me prenait pour Fellini). Peine perdue, chassez les seins, ils reviennent au galop !
   

 

 

1988  La gêne attribuée au bruit, approche anthropologique      
(article publié dans la revue Diagonal, avril 1988, pp.38-40).  Lors d'une conférence donnée à Grenoble à l'initiative du CRESSON de Jean-François Augoyard, j'avais rappelé l'importance de la dimension sémantique du monde sonore dans la dynamique de la gêne due au bruit. Ce long texte (perdu) servit pour un article de la revue Diagonal. L'idée centrale en est que la polysémie des significations sonores dans nos sociétés modernes, en changement rapide et permanent, constitue en elle-même une source importante de gêne. La comparaison avec les sociétés traditionnelles, que Lévi-Strauss appelle « froides », montre l'excellente tolérance au bruit, même nocturne, dont elles sont capables, ces bruits étant parfaitement connus. Une deuxième idée, qui complète la première, est celle de la variabilité des individus face aux agressions sonores d'intensité extrême, idée illustrée par des citations du journal de guerre d'Ernst Jünger, Orages d'acier.  Une comparaison dans la longue durée entre Jünger et l'Iliade d'Homère, enfin, permet de constater la constance du fonctionnement psychique humain face aux bruits de la guerre...
   

 

 

1992  Le rituel fracassé ou le syndrome King-Kong 
Un numéro de la revue Le Coq-héron devait être consacré au théme « les transgressions de la cure-type » (numéro qui devint L'Insolite). Toutes sortes d'incidents apparemment banaux survenus pendant ou autour des « séances » avec mes patients m'avaient fait réfléchir à la façon dont je pratique la psychanalyse, pas comme tout le monde paraît-il, notamment en ce qui concerne la manipulation du cadre analytique. Des « transgressions » exigées par les circonstances de la réalité extérieure transgressent quoi, au juste ? Personne ne veut voir, dans le film King Kong, que la muraille cyclopéenne censée défendre les villageois contre le monstre est percée d'une porte précisément aux dimensions de ce dernier... Il s'agit donc, tout simplement, de sa porte. C'est quoi, finalement, la Psychanalyse ? D'ailleurs, comment Freud en a t-il eu l'idée ? Grèce à une longue digression ludique du coté de Ludwig van Beethoven et sa 9e (dans laquelle le petit Siggy Freud a peut-être trouvé l'essentiel), il s'avère finalement que la psychanalyse aurait du rester révolutionnaire, et que les styles de conduite des analystes sont tellement différents qu'au lieu d'un éventuel « Ordre » des psychanalystes c'est au contraire un « Désordre » qu'il faudrait dés lors créer, pour assurer une totale transparence sur ces différences... (mais tout ça, c'était avant Internet, qui du passé fera table rase. Depuis la parution de cet article quelques connaisseurs de Beethoven m'ont signalé le travail du chef d'orchestre britannique John Eliot Gardiner, qui a retrouvé les sources des symphonies de Beethoven dans toute la musique de la Révolution Française de 1789-1799, avec à l'appui des preuves musicales stupéfiantes. Ce musicien a fondé à Londres un « Orchestre révolutionnaire et romantique », qui joue alternativement de la musique révolutionnaire française et sa réinterprétation par Beethoven ).
   

 

 

1992  Articulation entre les données issues des sciences humaines et
____l'élaboration de la réglementation technique en matière de bruit

La sous-direction « Qualité » de la Direction de la Construction (DC) avait reçu mission, en 1992, de préparer une synthèse sur la gêne due au bruit dans le logement social, en vue de la rédaction d'une nouvelle norme française dans ce domaine. Jacques Touchefeu, son responsable à l'époque, avait entendu parler des avatars de ma recherche de 1995, et me passa commande d'un texte « bref et clair » qui récapitulait les épisodes précédents de la recherche en sciences humaines dans le domaine du bruit. Ce texte devait se conclure par des recommandations, ou des propositions concrètes. Six mois plus tard, je lui remis mon rapport, qui se terminait en recommandant deux sortes de solutions : les réalistes, et les utopiques. Lors de la réunion de présentation qui eut lieu quelque temps plus tard, Touchefeu me dit qu'il avait été très déçu par la tristesse et la banalité de mes solutions réalistes, mais en revanche emballé par mes solutions utopiques... Ce n'était pas un technocrate, et il disparut d'ailleurs rapidement de l'organigramme de la hiérarchie. Je mets ce texte en ligne parce que deux ou trois fois, l'année dernière, des gens me l'ont réclamé : on ne le trouve plus nulle part...
   

 

 

1993  L'habitat évolutif, du mythe aux réalités (revu en 2013)     
Un serpent de mer de l'architecture depuis un siècle, l'idée de confier aux habitants non plus des logements pensés par les architectes, mais des espaces libres aménageables selon leurs désirs particuliers (parfois très). Un petit historique du cheminement de cette Idée montre qu'elle ne fait que retrouver la pratique vernaculaire ancestrale : tout le monde, autrefois, construisait sa chaumière comme il l'entendait (mais on n'était pas aussi individualiste qu'aujourd'hui). Je procède à une tentative de psychanalyse de la pratique habitante, que je situe entre les catégories de l'éphémère et du monumental, correspondant pour l'une à des idéalisations du corps mouvant de la mère de la première psychogenèse, et pour l'autre à l'immobilisation de l'imago d'une mère archaïque mauvaise. L'environnement interviendrait en tiers dans ces dialectiques, faisant pencher pour l'une ou l'autre des solutions. L'examen des expériences modernes de logements évolutifs montre à la fois l'échec techno-bureaucratique et le succès humain de la formule, sans doute promise à un grand avenir : d'échec en échec vers la victoire!
(Ce texte, abondamment illustré, se trouvait sur le serveur du Ministère du Logement).
 
   

 

 

1994a Mais s'agit-il bien du bruit ?  
Des sondages font régulièrement apparaitre le bruit comme « la préoccupation numéro un des français » ! Les politiques suivent. Or, il est élémentaire, pour étudier le bruit, d'établir au préalable si la personne qui répond à vos questions vit une situation positive, moyenne ou négative. Les gens « qui vont bien », en effet encaissent sans sourciller des environnements sonores déclarés inacceptables par ceux qui vont moins bien, tant au plan des décibels que des significations. Le vrai problème du bruit est donc à étudier sur des sites gravement nuisancés, et auprès de gens « en bonne santé » et qui, néanmoins, se plaignent  — seuls ceux-là n'ont pas recours au bruit comme bouc-émissaire d'insatisfactions personnelles.
On assiste à un déplacement de l'attention des chercheurs néo-behaviouristes vers le théme, hérité de l'hygiénisme du XIXe siècle, de la santé, sous l'espèce du « stress sonore ». Un stress qui serait fondamental au plan acoustique, en amont de tout travail psychique de gestion sémantique des percepts sonores  : tout bruit serait stressant par lui-même; l'addition en fin de journée pouvant être considérable. Il ne peut, dans ce cas, s'agir d'un phénomène anthropologique nouveau : or, dés la plus haute antiquité, les concentrations urbaines ont été bruyantes, mais ce monde sonore urbain traditionnel était très bien codé et pleinement signifiant. La conclusion qui s'impose est que le message transmis par le bruit fait la différence entre le plaisir et le déplaisir. Pour résumer notre position, nous pourrions dire que ce n'est pas le bruit qui est stressant, mais le stress qui est bruyant, au sens où il se rabat sur le bruit.
   

 

 

1994 Au fond du lac, quoi? Freud hydrologue  
La métaphore puissante, car inconsciente, du lac me semble reposer sur trois facteurs :
   
   

— Sa surface souvent lisse comme un miroir, car la réfraction renvoie au rôle de miroir du regard de la mère (Winnicott).
— Le périmètre clos de son rivage, qui renvoie au champ clos des affrontements kleiniens archaïques, à deux (le nourrisson et sa mère), puis freudiens -œdipiens (é trois, le père entrant en scène).
— Il y a enfin le fond du lac, avec la pérennité assurée de tous les secrets qu'y viennent s'y déposer

Le recours à la psychanalyse des mythes, populaire chez les analystes du temps de Freud, est aujourd'hui un exercice parfaitement rétro. La formidable compilation mythographique de Stith Thompson, volontiers citée par Cl. Lévi-Strauss, contient quelque 150000 entrées... Si nous comparons le lac (59 entrées), la rivière (129) et la mer (175) dans la thématique du lac selon cette compilation classée en dix familles, on s'aperçoit qu'aucune spécificité des mythes de lac n'est immédiatement apparente : la mer et la rivière possèdent elles aussi des contes et légendes comparables, et parfois presque les mêmes, fonctionnant également sur ces dix thèmes.
La comparaison du lac, de la mer et de la rivière montre surtout quantitativement le caractère de rareté des lacs, où il ne se passe pas trop souvent quelque chose. Le lac semble un endroit où trouver le calme, loin des drames et événements tumultueux de la mer et de la rivière. Quand le lac agit, il se comporte précisément comme rivière ou comme mer, et quand la mer est étale on dit qu'elle est « un vrai lac ». Les spécificités de « l'imaginaire métaculturel » du lac me semblent dés lors bien être celles de l'inaltérabilité, de l'immobilité, de la spécularité éternelle, et de la rareté de ces expériences, d'autant plus précieuses que ce sont les dimensions à la fois « impensables » au niveau mythique (le fantasme reste inconscient) et dont les mythes tracent le pourtour, en quelque sorte la « lacune ».
Le lac et la mer sont remarquablement absents de l'Index général des Gesammelte Werke de Freud, où ils n'apparaissent qu’à propos de l'agoraphobie et des serpents (de mer). L'eau elle-même n'intéresse Freud que dans le rêve comme symbolisme de la naissance. Freud, centré sur sa découverte œdipienne, avait besoin d'un modèle dynamique des processus inconscients dans lesquels, depuis son Esquisse de 1895, on trouve facilement des métaphores de circulation hydraulique de la libido — et ses détracteurs ont pu ironiser sur ce Freud plombier des débuts de la psychanalyse. Mais Freud a aussi comparé la tache thérapeutique de la psychanalyse à celle de l'assèchement du Zuyderzee…

   

 

 

1995 Architectures achevées, imaginaires en chantier  
Deux places du 19e arrondissement de Paris viennent d'être construites par le même architecte, Bernard Huet, qui se situe volontiers comme « celui qui achève » les lieux délaissés de la ville par une certaine prise en compte de leur histoire : la Place des Fêtes et la Place de la Bataille de Stalingrad. Il y eut une époque où le quartier de Belleville avait pour les parisiens à peu prés la même réputation qu’a le Bronx d’aujourd’hui pour les new-yorkais. Bien que fortement atténuée par une considérable mutation urbaine et sociale, cette image reste, à la fin du XXe siècle, largement tributaire de celle du « bastion de la classe dangereuse » qu’il fut réellement pendant la Révolution de 1848 et la Commune. Qu’advient-il des deux nouveaux espaces publics « achevés », au sens huetien d’advenus aux destins architecturaux et urbanistiques respectifs dont ils étaient porteurs  ? Un certain nombre de choses nous paraissent se dégager, concernant assez directement l’espace public comme lieu de mémoire, ainsi que ses différents statuts possibles dans l’imaginaire de la ville.
Le quartier de la Place de Stalingrad se vivait comme un faubourg coupé de Paris par le métro aérien, à la lisière également de Belleville, sans identité claire mais calme et sans histoires... Ce coin oublié fait désormais partie intégrante de Paris, mais sur un mode double, excellent ou exécrable selon qu’il est approché par le biais de la réussite urbanistique de la nouvelle Place de Huet (d’une telle qualité que certains croient que cette place est entièrement d’époque et l’œuvre de Ledoux !), ou par le biais des pratiques désolantes de ses usagers nocturnes, délinquants et policiers.
A la Place des Fêtes, deux facteurs n’ont pas été vus  : celui de la perte (jadis) du belvédère associé au désir d’appartenir à Paris (comme l’esplanade de Montmartre), et l’ambivalence entre ce désir de désenclavement et la volonté de rester une place populaire de quartier. Nous y voyons un effet caché de la mauvaise image des grands ensembles  : on a du mal à s’avouer que ce quartier des hauts de Belleville, qui socialement fonctionne si bien, constitue dans sa forme architecturale et urbaine bel et bien un grand ensemble, et implique une victoire posthume de Le Corbusier. Rendre à cet espace son belvédère perdu, refaire la Place des Fêtes sur la base d’un vrai programme d’urbanisme le rattachant valablement à Paris aurait été admettre le bien-fondé de cette conception!
Par quelques aspects imprévus de l’évolution de la vie de quartier, du pluri ethnisme et du vieux problème des grands ensembles, Belleville donne tort à l’ethnopsychiatre Tobie Nathan de réclamer des ghettos, sous prétexte que seuls ceux-ci préserveraient les cultes traditionnels, qu’il voit comme désormais seuls garants de l’intégrité psychique des immigrés  : Belleville facilite aux immigrés une acculturation dans une plus grande égalité envers des français (et d’autres étrangers) vivant le lieu de la légende de leurs luttes. La différence des situations urbaines est telle que de nombreux habitants, pourtant intéressés par ces questions, ignoraient que les deux nouvelles places sont du même architecte. La comparaison de ces deux espaces publics pourrait se résumer par la formule que dans un cas — la Place des Fêtes — l’architecture est en chantier et l’imaginaire plutôt achevé ; tandis que dans l’autre — la Place Stalingrad — l’architecture est achevée mais l’imaginaire encore en chantier.
   

 

 

1997 Note sur l'origine des idées de Francesc Tosquelles_________
Les idées de Tosquelles sur l'analyse institutionnelle et sa saga à Saint-Alban sont bien connues, mais il y a quelques malentendus sur leur origine. Prénommé Francesc en catalan, François Tosquelles reçut très tôt une formation psychiatrique, et fut un militant révolutionnaire catalan dès avant la guerre civile espagnole, un combattant républicain pendant, et un résistant français après. Si les idées techniques de Tosquelles se sont forgées dans son action pendant la guerre civile de 1936-1939 comme psychiatre dans l’armée républicaine (celle des rouges, bien sûr, los rojos), son attitude globale devant la vie est, elle, clairement issue d’un fond de culture anarchisante catalane des années vingt et trente. Enfant, déjà, son père, ami de Miré, emmenait le petit Francesc en visite les dimanches à l’Institut Pere-Mata, où il fut fasciné par les fous. Nombre de psychanalystes du Mitteleuropa fuyant la montée du nazisme et ses conséquences fort prévisibles s’installèrent à Barcelone dés 1931 à la faveur de l’avènement de la République : « on a oublié cette petite Vienne que fut la Barcelone de 1931-1936 ». Tosquelles suivit une psychanalyse assez sui generis avec un analyste réfugié juif-hongrois à Barcelone, le Dr. Sándor Eiminder, du groupe d’Aichorn.
Bien avant Saint-Alban, la guerre civile permit à Tosquelles de mettre à l’épreuve du feu ses idées psychiatriques déjà longuement élaborées dans la mouvance de la psychiatrie catalane du début du XXe siècle. Nommé responsable psychiatrique du front Sud (Valencia-Almería), il constitua à Almodóvar del Campo des équipes soignantes très hétéroclites, mais qui firent un travail magnifique. Persécuté par les staliniens (Comme Orwell, qui en tira la matière de son célèbre 1984, il était membre du POUM), avant d'être recherché par les fascistes, il resta en territoire ennemi trois mois après la chute de la République pour faciliter la fuite d'antifascistes vers une France déjà pré-vichyssoise. Son séjour de 1939 dans un camp de concentration français à Septfonds fut une autre épreuve dont il releva le défi, mais ses idées ne proviennent pas majoritairement de cette expérience, ni de celle de la Seconde Guerre mondiale.
  en Castellano

 

 

1997 Du lac des cygnes à la mare aux grenouilles, pas de singe aquatique
À l'inverse du lac, de la mer ou de la rivière, les contes et légendes sont très laconiques au sujet des lagunes et des marais, y compris chez des peuples qui en sont riverains le plus souvent. Ma contribution au Colloque prend dés lors la forme d'une longue digression à partir de trois associations, faites sur mon propre divan : 

   
   

— la lagune ne serait qu'un lac raté, resté petit, probablement maléfique, et ses riverains ne peuvent être que de drôles de gens;
— la lacune, une lagune mentale, à combler d'urgence, nulle part valorisée sauf peut-être par des sages Hindous;
— les allumés de l'AAT sur Internet, l'Aquatic Ape Theory ou théorie du singe aquatique.

   
    Les vieilles cartes de géographie hollandaises et espagnoles, ainsi que quelques particularités de ces deux langues et peuples fournissent ample matière à rêvasser sur le terme de lagune. La petite histoire de l'AAT, enfin, remet quelques pendules à l'heure avec Desmond Morris et Elaine Morgan.
Ma — timide — approche ethnopsychanalytique de l'âme hollandaise m'a valu une lettre à la fois très critique et stimulante et très amusante d'un chercheur hollandais basé au CNRS d'Arcachon, Rutger de Wit, et avec son autorisation je fais suivre mon intervention de sa lettre, en guise de réponse...
   

 

 

1997 Pourquoi les femmes ont-elles des seins ?
Mise à jour du texte d’avril 1986 (« Un sein ou deux... » ) et résumé en dix points systématiques des principales hypothèses constituant la TMH (théorie de la marsupialité humaine). Les dix points abordés sont :

1 - Les seins des femmes constituent une énigme anatomique.
2 - La cécité scientifique devant l’énigme anatomique des seins des femmes est sans doute le signe d’une grande portée anthropologique de leur fonction cachée.
3 - La théorie de Mélanie Klein, décisive en son temps pour l’évolution des idées psychanalytiques, contient à cet égard une manœuvre sans doute inconsciente, où le sein (un sein unique, « bon » ou « mauvais » ) prendra finalement la place du pénis dans la théorie phallocentriste de Freud. Le kleinisme ne vaut que pour l'oralité.
4 - La fonction vraie n’est compréhensible qu’en prenant préalablement en compte le fait que les seins sont au nombre de deux et qu’ils délimitent ainsi une zone du corps de la mère, celle de l’entre-seins (en grec kolpos). Les seins possèdent la plupart des caractéristiques de l'objet transitionnel selon Winnicott.
5 - Une théorie inspirée des kangourous pour cette zone-de-la-mère  : sa vraie fonction est analogue à celle de la poche marsupiale, un lieu où le bébé humain très prématuré trouve un « atelier de finition » extra-utérin. La forme d’allure hémisphérique et la mollesse du sein se laisse dés lors comprendre comme un rappel postnatal des caractéristiques du placenta, qui était pour le fœtus dans la vie intra-utérine le premier schème d’une future relation d’objet. Il y a donc une « marsupialité humaine ».
6 - En particulier, les jeux du nourrisson avec le sein montrent une séquence où 1) la petite main du bébé détruit la courbe idéale du sein en la déformant; 2) cette destruction s’annule dés que la petite main se retire; 3) la courbe initiale se rétablit pleinement. Cette séquence constitue l’expérience d’une indestructibilité de la forme du sein, et donc de l’environnement premier, qui fondera la confiance de base dans la réalité extérieure et prépare l’avènement de l’objet transitionnel winnicottien.
7 - Une autre séquence se joue entre les seins, lé où le kolpos, par sa dureté contrastant avec la mollesse « sympathique » de ses deux globes voisins, rassure le bébé lové au corps de sa mère que la fusion à la mère n’ira pas plus loin, sans danger de tomber « à l'intérieur de la mère ».
8 - L’avènement des seins chez les jeunes filles pubères constituerait une préparation à la maternité non seulement au plan psychique, mais déjà dans ce que Mauss appelait « les techniques du corps »  : les seins sont l’annonce de quelque chose qu’il faudra un jour materner en le tenant lové contre sa poitrine, le bébé, comme à la puberté elles « maternent » leurs seins en voie d’éclosion.
9 - On peut voir une confirmation de l’importance première du rôle des deux seins dans la psychogenèse de l’enfant (après la période de l’objet transitionnel abondamment décrite dans la théorie winnicottienne) dans le succès mondial du personnage de Mickey Mouse (oreilles = seins).
10 - On peut penser, de façon plus ethnopsychanalytique, que la différence entre les rares cultures où l’on érotise les seins et celles qui n'en éprouvent nullement le besoin (tout en les aimant bien) va plus ou moins de pair avec celle entre les « sociétés chaudes » et « froides » dont parle Lévi-Strauss : ces dernières avaient organisé la « réalité » de façon si répétitivement rassurante qu’elle fonctionnait comme « sein-monde ».
 
   

 

 

1997 Limite de validité des sondages en sciences sociales_________
La France est actuellement championne du monde des sondages. Est-ce un bien ou un mal ? La controverse, déjà ancienne, aurait cessé sans doute depuis longtemps si les sondages, qui permettent souvent des études de qualité et pertinentes, ne menaient pas parfois, il faut bien l'avouer, à des analyses banales ou incorrectes, voire volontairement déformées. Si le succès de la méthode lui assure désormais un domaine aussi vaste que multiple, il semble conduire parfois à l'équivalent, dans le domaine des sciences sociales, des erreurs thérapeutiques dans le domaine médical  : certains commanditaires ne connaissent qu'elle, et les instituts de sondage ne récusent pas des contrats pour lesquels il y a erreur sur l'outil (si même ils le savent). Nombre de sujets, en effet, ne peuvent être valablement explorés par cette méthode rapide et simple. Les sondages ont leurs limites de validité, leur champ d'application optimal... et leurs contre-indications.
Nous avons formulé, lors d’un travail récent, quelques remarques d'ordre psychanalytique concernant le biais de la relation sondeur-sondé dans la construction de l'opinion publique. Cette relation nous apparaît davantage comme une violence sur la voie publique que comme une relation d'entretien; le passant interpellé se sentant manipulé sur différents modes, qui ont partie liée avec des situations hypnotiques; il est tiraillé dans un conflit d'identité entre son vrai-self intime et un rappel de sa condition publique de citoyen, entre ses attitudes face à l'autorité et à la créativité; enfin, il peut réagir en s'identifiant au sondeur.
La seule ambition, maintes fois réitérée des sondages, est de constituer un instantané de l'opinion publique. Mais de plus en plus les sondages sont appliqués à des problématiques au sujet desquelles n'existe aucune opinion proprement dite! C'est tout le problème. Il est clair que les individus communiquent au sujet de certaines de leurs activités et perceptions humaines et sociales, et cette communication crée la vie sociale et politique. Là, des opinions existent, et on peut les sonder. Mais pour un immense champ de l'expérience humaine, cette communication et ce processus d'émergence et maturation des opinions n'a jamais lieu. C'est bien pour cela que la psychanalyse a eu en ce siècle le succès que l'on sait. Il faut tout le talent des écrivains, celui d'un Proust ou d'un Flaubert, pour explorer les nuances de tel ou tel émoi humain, par exemple devant une œuvre d'art, mais également celles des réflexions personnelles encore hésitantes devant de nouveaux événements et problèmes sociaux. Ces réflexions incipientes ne constituent pas une opinion, tout au plus, comme nous l'avons proposé, une « opinion privée », en attente d'étalonnage par la discussion socialisée. Faire passer ces opinions privées dans le domaine public par une technique assez violente de recueil de données constitue dés lors un abus. En conclusion, nous dirons que les limites de validité des sondages en sciences sociales sont celles de la préexistence d'une opinion consciente socialement établie (celles concernant le champ politique, essentiellement).
  en Castellano

 

 

1998 Christophe Colomb et le délire de rotondité _____________
Sigmund Freud s'écarta de l'anthropologie physique ainsi que de la neurologie pour mieux découvrir la psychanalyse. Mais, regardant en arrière vers la vieille anatomie, la méthode analytique permet de formuler une série d'hypothèses sur l'une des énigmes les mieux ignorées du corps humain, celle des seins de la femme. Les seins ne sont nécessaires ni pour allaiter, ni pour séduire. Lé où les théories éthologiques et néo-behaviouristes échouent à en expliquer la fonction, la psychanalyse permet de les concevoir comme imitant le placenta pour le développement postnatal du nourrisson très prématuré chez l'être humain, un dispositif de « finition » comparable à la poche marsupiale des kangourous. Ce dispositif anatomique rend possible un jeu de décantation du Moi et du non-Moi entre le bébé et sa mère, jeu qui me semble fondamental dans la psychogenèse humaine, à tel point qu'il est presque tautologique d'écrire que les seins sont uniquement humains parce qu'ils sont indispensables pour l'hominisation. Cette fonction de « marsupialité humaine » confère aux seins et au giron de la mère, que les Grecs nommaient le kolpos, la qualité d'objet pré-transitionnel par rapport à la théorie bien connue de D. W. Winnicott. Les particularités des figures de la Louve romaine et de Mickey Mouse semblent être des arguments à l'appui de cette théorie. Christophe Colomb et les grands explorateurs triomphèrent en osant naviguer cap au « néant » qui commençait au bord du monde plat d'où ils auraient dé tomber, selon la conception dominante de l'époque… La certitude inconsciente de l'existence d'une rotondité fondamentale, celle du kolpos maternant, a sans doute joué un rôle dans l'étonnante confiance en la rotondité de la planète, comme semble l'indiquer Colomb lui-même dans une lettre aux Rois d'Espagne lorsqu'il compare la Terre à un sein de femme...
  en Castellano
   
1998 Analyse des attitudes psychosociologiques liées aux situations sonores des riverains des aéroports
blanc
d'Orly et de Roissy-CdG

La sensibilité accrue des riverains d'aéroports aux problèmes d'environnement et plus particulièrement de nuisances sonores rend nécessaire de préciser les comportements des riverains des aéroports vis à vis du bruit et de mieux appréhender les aspects subjectifs de la gêne due au bruit des avions.L'objet de cette étude est de décrire et d'analyser les attitudes psychosociologiques des riverains d'Orly et de Roissy soumis à différents niveaux de bruit d'origine aéronautique, afin de
1. en déduire une typologie ;
2. formuler des propositions de questions pour un futur sondage sur le même sujet.
Pour ce faire, nous avons mené 30 entretiens explorant les divers champs psychosociologiques nécessaires au diagnostic de gêne auprès d'un échantillon de riverains repartis sur dix sites autour des aéroports d'Orly et de Roissy. Les dix sites retenus par la DGAC pour cette étude étaient :
  • près d'Orly : Bullion (à l'Ouest, dans la Vallée de Chevreuse), et Villeneuve St Georges (à l'Est des pistes) ;
  • près de Roissy‑CdG : Gonesse; Goussainville; Le Mesnil Amelot ; Le Mesnil Aubry Montmorency ; Sannois ; St Mard ; Iverny.
La gêne des riverains des aéroports est bien réellement acoustique et intrusive pour les uns, davantage sémantique et psychologique pour d'autres, mais elle existe chez tous. Malgré le fait que les personnes les plus atteintes par ces nuisances n'ont pas voulu participer à l'enquête (à laquelle ont surtout participé des personnes présentant un « indicateur de bien être potentiel » positif ou moyen), les nuisances aéronautiques sont perçues chez 17 interviewés sur 30 comme étant leur « problème ». Perçue ou non, parlée ou non, cette gêne a certainement des effets réels, physiques, psychiques et sociaux. Ces riverains se laissent classer selon une typologie en 6 groupes selon leur attitude psychosociologique.
Pour le questionnaire du futur sondage, nous avons proposé de renforcer le nombre de variables d’analyse afin de contextualiser davantage les données obtenues par les nombreuses questions déjà prévues, et surtout de le compléter par une version allégée de notre indicateur de « bien être potentiel », I'IQV (indicateur de qualité de vie), ne nécessitant pas de diagnostics à tendance clinique.
   

 

 

1999  Qui connaît la demande sociale ? (intervention au PUCA, le 12 mars 1999)   
A l'issue de la première phase du programme « qualité architecturale et innovation » du « pôle concevoir, construire, habiter » du PUCA, dirigé par Jean-Jacques Terrin et Danièle Valabrègue, auquel j'avais participé pour exposer les positions de Jean Nouvel face à la question du logement social, il me fut demandé de parler plus généralement des différentes conceptions de la « demande sociale » par les maîtres d'ouvrage. Ce que je fis, en relisant les six textes constituant le fruit du travail de l'équipe (publié en deux volumes au PUCA sous le titre « qualité architecturale et innovation » : I. méthode d'évaluation, par Philippe Dehan ; II. études de cas, par Anne Debarre, Frédérique de Gravelaine, Rainier Hoddé, Jean-Michel Léger, Béatrice Mariolle, Christian Moley et moi-même. J'abordai également diverses anecdotes significatives au sujet de la prétendue « demande sociale » (un cas typique de « mot-valise » ), et fus abondamment repris et relancé par la salle, comme en témoigne la transcription assez fidèle de cette séance.
   
    2006 Désir, plaisir et perceptions d'architecture à Amsterdam, Paris et Venise (article)
Cette recherche sur le plaisir/désir lié à la dimension onirique de la perception de la qualité architecturale à Amsterdam, Paris, et Venise a été faite au moyen d’un jeu-test d’images sur un CD-Rom mis à la disposition d’une trentaine d’habitants dans ces trois villes. Les personnes ont constitué des albums personnels thématiques à partir du jeu de 3800 images, présentées dans les planètes de dix systèmes solaires permettant de « contextualiser » les images d’architecture pure en les associant, quand cela était désiré, aux images de nombreuses dimensions de la vie sociale, humaine ou de la nature. Plusieurs centaines de groupes d’images ont été choisis par les participants, selon divers degrés de motivation pour ce jeu, et à l’issue de l’analyse de leur contenu nous pensons pouvoir discerner six groupes d’attitudes principaux, qui ensemble décrivent une relation discontinue à l’architecture et à l’environnement : il y a des « moments forts d’architecture » où des sentiments conscients sont exprimés, et il y a un arrière-plan permanent de soutien ( « holding ») par l’environnement et la qualité architecturale, presque toujours inconscient.
  • les flâneurs : Ce groupe parcourt en curieux un grand nombre d’images de familles différentes, sans chercher spécialement dans quel recoin de l’Univers ils trouvent le plus de plaisir, mais leur attitude un peu blasée fait place à de l’enthousiasme quand ils découvrent des images, y compris d’architecture, qui les « emballent », les « renversent ». Ils croyaient tout avoir vu, et voilà qu’ils se trouvent devant des objets architecturaux renversants! (que nous appellerons des OAR). Mais ces découvertes tirent leur prix de leur rareté et du hasard de la trouvaille.
  • les addictifs : Assez semblable au précédant, ce groupe est cependant constamment à la recherche des OAR, car il est beaucoup plus sensible à la performance architecturale, et d’ailleurs le plus souvent composé d’architectes et assimilés. Au plan psychique, l’OAR est utilisé pour échapper victorieusement aux soucis du moment , elle possède le pouvoir d’extraire le sujet aux élaborations en cours de son Moi pour le ravir vers son monde à elle, définition même de la séduction (étymologiquement, conduire vers soi). Les « flâneurs » semblent moins séductibles que les « addictifs », pour des raisons de personnalité mais aussi de période de vie et de degré de difficulté de leur situation existentielle.
  • les historiens : Ils ne se livrent que peu eux-mêmes, et jugent les images à travers le contexte socio-historique, ce qui les émancipe de l’esthétique: ce qui s’est passé à tel endroit prévaudra sur la qualité de l’endroit; les débuts, la découverte, le moment où surgit l’idée nouvelle sont plus importants pour marquer la temporalité et donc la filiation, que la pure beauté hors contexte.
  • les sensualistes : A l’inverse des « historiens », les « sensualistes » luttent contre la dictature du contexte (et sans doute, sur un plan plus psychanalytique, contre celle de leurs origines). Toutes « belles images » sont rassemblées en des albums, souvent tous positifs, décrivant leur adhésion à ce qui procure de « bonnes vibrations » dans la vie humaine: l’architecture y apparaît comme cadre prometteur de plaisirs partagés autant que comme monuments secrets de leur narcissisme.
  • les tragédiens : Ancrés dans le réel, et sans doute pour prévenir le malheur, ils le devancent sur un mode contre-phobique en allant chercher un maximum d’horreurs, parfois architecturales, dans des groupes ainsi désignés. Très critiques et minutieux, ils peuvent choisir quelques rares images de « la vraie architecture » (et l’on est parfois étonné d’y découvrir les mêmes objets architecturaux déclarés « horribles », simplement photographiés différemment).

On peut, enfin, considérer comme une sixième groupe « les immanents », les gens qui au départ avaient beaucoup aimé ce jeu-test, qui ont consacré du temps à le parcourir, mais qui n’ont créée aucun album, parfois en refusant de le faire. La dizaine d’entretiens auprès de personnes de ce groupe très nombreux montrent qu’ils n’attachent pas consciemment d’importance à l’architecture ni à la qualité de l’environnement bâti; cependant, devant des images de malheur, de guerre, de laideur (le jeu d’image comporte également un côté « thanatos » et « eros », au sens freudien), ce groupe de personnes s’avère très sensible à l’harmonie, la paix et la beauté du monde dès que l’on risque de les perdre ! La qualité architecturale semble « naturalisée » par eux comme un « holding » permanent, un « arrière-plan » positif et acquis de naissance, mais ils ne s’en aperçoivent que quand elle disparaît, comme la bonne santé ne devient consciente que lorsqu’on tombe malade. L'attitude des « immanents » devant l'architecture se caractérise par la passivité, ils sont habitués à la permanence de la fonction de soutien de l'environnement et ne conçoivent que difficilement d'aller activement chercher des gratifications esthétiques, préférant la surprise d'éventuels OAR, nous les rattacherions donc volontiers aux « flâneurs ». Bien que cela paraisse naïf de présenter un « palmarès » des images les plus représentatives des six attitudes conscientes envers l’architecture, la répétition insistante de certains types d’images selon ces cinq catégories nous a incité à les présenter, assorties de toutes les précautions indispensables…

   

 

 

2007 Ce sexe qui en devient un
Devereux développe sur la sexualité féminine des thèses qui attaquent implicitement les notions orthodoxes. Il insiste sur la lutte vitale contre « l’unisexe » et pour une génitalité adulte. Il relativise l’horreur du sexe féminin en Occident par une visite des ethnies où la vulve se voit conférer le caractère de « la beauté » ; il attaque « l’envie du pénis » en « démontrant la réciprocité du vagin et de la verge ». Il aura ainsi anticipé l’abandon de l’élément essentiel du « complexe de castration » que constitue « l’abomination de la vue de la vulve », la « beauté » de nos jours semblant réintégrer les « organes génitaux primaires ».
 

   
   

   

 

 

Et, un jour où l'autre, il y aura peut-être également :

   

1985

 

Le jeu-test APM : Architecture, Psychanalyse, Morphologie

   

1986

 

L'expérience de Vauréal : la dynamique des acteurs dans une REX de participation
des habitants à la conception de leur futur logement

   

1990

 

Saint-Ouen, Rendre de l'espace au logement (avec Corinne Daubigny)

   

1990

 

Reims, une architecture pour les cinq sens ? (avec l'atelier BCDE)

   

1993

 

Trois immeubles expérimentaux à Reims, issus de l'Europan 1

   

1994

 

Un architecte, deux places de Paris, cent effets sociaux, mille représentations

   

1995

 

Étude sur la validité des sondages d'opinion dans le domaine de l'esthétique architecturale

   

1996

 

Attitudes et comportements des consommateurs d'eau

   

1998

 

Jean Nouvel et le logement social

   

2000

 

La chasse à la place pour se garer dans le 19e

   

2007

 

Nouvelles perspectives de l’habitat individuel dense : représentations, stratégies et pratiques
des habitants

   

2012

 

Nord-Sud déchets, Le vécu des déchets à Amsterdam, Paris, et Madrid par les habitants. Approche psychosociologique de leurs comportements, leurs attitudes et leurs imaginaires. Recommandations pour l’action. ARiiSE et Ademe, 2012.